Combien va coûter le confinement ?

Les mesures de confinement prises pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 ont obligé une bonne partie de la population française à rester chez elle. Certains ont pu continuer à travailler par le télétravail, d’autres ont été mis en chômage partiel, d’autres enfin ont dû cesser toute activité. Au total une bonne partie des activités économiques ont été ralenties ou interrompues. Tout cela a un coût qu’on peut chercher à mesurer.

On rapprochera ce coût direct du confinement sur les activités économiques du nombre des vies humaines épargnées. On s’intéressera ensuite à l’incidence du confinement sur le logement qui est finalement ce en quoi a consisté fondamentalement le confinement.

1 Coût direct et gain du confinement

Le coût direct consiste dans la perte d’activité. On la mesure en points de PIB. Il est encore difficile d’évaluer la contraction du PIB ex ante. Si la totalité de l’activité économique était perdue pendant un mois, cela représenterait entre 8 et 9 points de PIB. Si seul 1/3 de l’activité est perdue cela représente moins de 3 points de PIB par mois. Ce qui peut aggraver la perte est la moindre efficacité des travailleurs en télétravail. Ce qui peut l’atténuer est l’effet de rattrapage à la fin du confinement qui viendrait compenser partiellement les pertes de production. Actuellement l’estimation de la contraction du PIB en 2020 est de l’ordre de 8% soit environ 200 mds €.

La contrepartie du confinement est qu’il a permis d’épargner des vies humaines. Une estimation avancée par les pouvoirs publics est de 60000 personnes. Si l’on rapporte ce coût à l’évitement d’un décès, le fait qu’éviter le décès d’une personne a coûté environ 3 millions €. Ce chiffre est aussi l’ordre de grandeur de la valeur d’une vie humaine selon d’autres estimation d’un rapport du commissariat général à la prospective[1]. Donc le choix du confinement est cohérent avec la valeur de la vie humaine. On aurait pu faire le choix inverse, perdre 60000 vies en laissant les personnes vivre normalement, éventuellement avec quelques mesures protectrices. Ceci soulève la question de la pertinence de la politique de confinement en comparaison avec les éventuelles politiques alternatives.

Ceci pose aussi la question de la réitération de la dépense. En faisant le choix du confinement, il n’est pas exclu qu’il faille le renouveler pour éviter les mêmes et donc à nouveau payer. Si les personnes étaient décédées, elles ne pourraient pas mourir une deuxième fois, mais d’autres pourraient mourir à leur tour. Le choix n’est donc pas définitif.

2 L’impact du confinement sur les dépenses de logement

Du point de vue des logements le confinement consiste dans le maintien des personnes dans leur logement, quand elles en ont un. On peut alors se demander quel sera l’impact économique sur le logement tel qu’il est mesuré dans le Compte du Logement[2].

L’impact le plus significatif sera celui sur les activités économiques liées au logement, la construction, les transactions, et dans une moindre mesure la gestion des logements. Cet impact représente une partie de la perte d’activités économiques générales, évoquée précédemment.

L’autre impact mesuré par le compte du logement sera celui sur l’usage du logement. Les dépenses les plus impactées seront les dépenses de consommation d’eau, énergies, fluides et les charges en général qui représentent environ ¼ de l’ensemble des dépenses courantes dans les logements ordinaires, dont près de la moitié est consacrée aux dépenses d’énergie.

Mais le confinement n’aura pas d’impact sur ce qui constitue l’essentiel des « dépenses courantes », c’est-à-dire les loyers réels et imputés. Rappelons que les loyers imputés correspondent aux loyers que les propriétaires occupants paieraient s’ils étaient locataires, ou plus précisément les loyers qu’ils se versent à eux-mêmes. Les loyers réels et imputés sont comptabilisés quel que soit l’usage du logement, notamment quel que soit le nombre de personnes occupant le logement et quelle que soit sa durée d’utilisation. Et pourtant ces différences correspondent à une utilisation des logements, plus ou moins importante et plus ou moins intensive.

Il peut paraître surprenant et insatisfaisant que le confinement n’ait pas d’incidence comptable sur le logement alors que le temps passé dans le logement a considérablement augmenté. Du coup la question se pose de manière plus générale. Est-ce que l’usage d’un logement est le même, et donc la valeur résultant de cet usage, par exemple quand une personne âgée occupe son logement en permanence et n’en sort quasiment jamais, ou quand il s’agit d’un jeune actif travaillant en dehors de chez lui et fort enclin aux sorties en dehors des heures de travail ? Est-ce que l’usage est le même quand un logement est occupé par une famille avec plusieurs générations et lorsqu’un logement familial est occupé par une personne seule ?

Une dimension de ce problème est déjà saisie dans les enquêtes sur les conditions de logement. Il s’agit de l’occupation ou du peuplement qui mesure le rapport entre le nombre de personnes occupant un logement et sa taille ou sa surface. Les résultats font apparaître une sous-occupation générale des logements. Mais une autre dimension n’est pas prise en compte, la durée d’utilisation du logement par les différentes personnes qui y habitent.

3 Le logement comme facteur de production

La question est plus large que ce que l’on vient d’évoquer. En effet le logement en période de confinement n’est pas utilisé seulement comme logement, c’est-à-dire comme abri des activités domestiques. Durant cette période et cela dure encore, le logement est utilisé comme lieu de travail puisque bon nombre de personnes y ont travaillé, mais à domicile, en pratiquant le télétravail. Dans ces conditions, le logement change de nature. De lieu d’hébergement des personnes, il devient lieu d’hébergement d’une activité économique qui fait elle-même l’objet d’une comptabilité. Ce faisant il change de nature. Il prend la même nature que celle des bureaux, des commerces, ou des locaux d’activités, etc. D’un point de vue économique il devient un facteur de production. Comme les autres bâtiments d’activités, la partie construite de ces bâtiments est du capital fixe productif et doit être comptabilisé comme tel. Du coup, la question de la durée d’utilisation des logements comme lieux de travail devient cruciale, puisqu’un même logement remplit successivement ou simultanément le rôle de logement au sens traditionnel du terme et celui de facteur de production comme lieu d’hébergement d’une activité économique.

Dans le même ordre d’idée, la consommation des fluides liées à l’occupation du logement comme lieu de travail devrait être comptabilisée comme consommations intermédiaires pour les activités que le télétravail a générées, qu’il s’agisse du chauffage ou de l’accès à l’internet. Les personnes qui travaillent dans ces conditions seraient d’ailleurs fondées à demander leur prise en charge, au moins partielle, par leur employeur.

4 Mesurer l’utilisation des logements

On a fait référence ici à deux idées d’utilisation des logements. La première renvoie au nombre de personnes qui habitent habituellement un logement, ce qui relève du taux d’occupation. Il est mesuré par l’INSEE par des catégories définies en référence à une norme de peuplement, en termes de m² par personne, ou d’occupation, en termes de pièces par personne.

Ce qui reste à mesurer est l’intensité d’utilisation des logements. On peut la définir par référence à un temps complet d’utilisation, soit 24h par jour. Ce taux d’intensité doit se mesurer pour chacune des personnes habitant le logement. On pourrait aussi préciser la nature des activités pratiquées dans le logement et leur durée, notamment s’agissant d’activités professionnelles.

Avec une telle mesure on introduit une notion semblable au taux d’utilisation des moyens de production dans l’industrie qui fait déjà l’objet d’une mesure statistique. Cette mesure est la réponse à la question : de combien on peut augmenter la production sans recourir à des investissements ? En ce qui concerne le logement la question pourrait être : combien de temps supplémentaire les personnes pourraient rester dans leur logement, ou inversement combien de temps par jour, semaine, année, y passent-elles ?

Une telle mesure permettrait de préciser les conditions dans lesquelles est opérée la production nationale et affiner la mesure économique de l’usage des logements.

[1] Éléments pour une révision de la valeur de la vie humaine,  https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/archives/Elements-pour-une-r%C3%A9vision-de-la-valeur-de-la-vie-humaine.pdf

[2] Le compte du logement est  un compte satellite de la comptabilité nationale élaboré annuellement par le service statistique du ministère en charge du logement, https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2019-10/datalab60-compte-du-logement-2018-septembre2019.pdf

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